Anne de MARQUETS

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Née à Marques près d'Eu dans le comté de Normandie vers 1533, Anne de Marquets[1] entra très jeune au prieuré dominicain de Saint-Louis de Poissy, fondé en 1304 par Philippe le Bel pour y recevoir surtout des femmes nobles.

Très vite, la supérieure la chargea de la formation des novices. Anne de Marquets était "une véritable éducatrice, joignant à l'ascendant du savoir celui de la bonne grâce et de la profonde piété" [cité par Bernadette Dieudonné ; source ?].

Le monastère de Poissy comptait alors 120 religieuses et passait pour l'un des foyers littéraires de la Renaissance. Anne de Marquets, en bonne humaniste, s'adonna à l'étude du latin et du grec et consacra une bonne partie de ses loisirs à la poésie, célébrant les fêtes du couvent et les évènements qui s'y déroulaient.

A l'occasion du colloque de Poissy, où Charles IX et Catherine de Médicis convoquèrent prélats catholiques et ministres protestants, les religieuses purent assister aux débats derrière des treillis ou des verrières [source?]. Anne de Marquets composa alors plusieurs prières et devises sous forme d'hommages adressés aux représentants les plus marquants du catholicisme. Un poète réformé publia alors une Réponse aux pasquins tirés de la Sainte Ecriture et détournés de leur vrai sens par une nonain de Poissy, en faveur de prélats de France. La religieuse y était traitée de "nonain latinisante de Poissy". Anne de Marquets fit imprimer son œuvre en la dédiant au cardinal de Lorraine. Elle y exposait les espoirs qu'elle avait mis dans le Colloque de Poissy dont l'échec la désola.

"O Dieu, seul auteur de tout bien,
Regarde d'un œil favorable
Cette compagnie honorable
Et qu'il te souvienne des tiens
Ce qui est conforme à la gloire"
"Regarde en pitié la souffrance
De ton pauvre peuple de France
Sur lequel ton nom, O Dieu Saint,
Est invoqué d'un cœur non feint"

Après la parution de son ouvrage, elle vit s'agrandir le cercle de ses relations littéraires. Plusieurs poètes de la Pléiade se mirent en relation avec elle. Gilles Durant, Dorat et Scevole de Sainte-Marthe l'ont célébrée dans leurs ouvrages. Ronsard lui dédia le sonnet suivant :

"Quelle nouvelle fleur apparoist à nos yeux ?
D'où vient ceste couleur si plaisante et si belle ?
Et d'où vient ceste odeur passant la naturelle,
Qui parfume la terre et va jusques aux cieux ?

La rose, ny l'oeillet, ny le lys gracieux
D'odeur ny de couleur ne sont rien auprès d'elle :
Au jardin de Poissy croist ceste fleur nouvelle,
Laquelle ne se peut trouver en autres lieux.

Le Printemps et les fleurs ont peur de la froidure,
Ceste divine fleur est tousjours en verdure,
Ne craignant point l'hyver, qui les herbes destruit :

Aussi Dieu pour miracle en ce monde l'a mise,
Son printemps est le Ciel, sa racine est l'Eglise,
Ses œuvres et sa foy, ses feuilles et son fruict"

A la demande de Marguerite de Valois, elle traduisit en vers français l'œuvre latine du dominicain Claude Despence, théologien du cardinal de Lorraine et secrétaire officiel des séances de l'Assemblée de 1561. Elle traduisit aussi les vers du poète latin Flaminius en ajoutant à cette traduction de nombreuses prières et méditations de sa propre plume. Elle annonçait déjà ce qu'on appellera au XVIIe siècle la "devotio moderna".

Devenue aveugle, elle dicta des poèmes à Marie de Fortia, son élève devenue dominicaine, qui les publia 17 ans après sa mort. Elle y avait travaillé entre 1568 et 1588. Les quatre cent quatre-vingts sonnets de ce recueil, dont la structure rappelle celle du bréviaire ou du missel, célèbraient, à tour de rôle, les fêtes et les saisons de l’année liturgique.

Elle mourut le 11 mai 1588, veille de la journée des barricades, et ne verra pas la fin des guerres de Religion qu'elle avait déplorées dans ses poèmes.

"Ah! Tais-toi donc, mon Dieu
Et ces troubles efface
Faisant en bonne paix
Tous les tiens convenir,
Non toutefois Seigneur pour autre but
Sinon que pour mieux avancer
La gloire de Ton Nom"

Ses œuvres

En 1562 :  Sonets, prieres et devises en forme de pasquins, pour l’assemblée de Messieurs les Prelats et Docteurs, tenue à Poissy, M.D.LXI, Paris, G. Morel — Éd. André Gendre, dans Naissance des échanges polémiques à la veille des guerres civiles: Anne de Marquets et son adversaire protestant»,  »Bibl. d’Humanisme et Renaissance, 62, 2000, p.317-357.

En 1563 : « Aenigme », dans Claude d’Espence,  Urbanarum meditationum in hoc sacro et civili bello elegiae duae. Eucharistia. Parasceve. Aenigma, Paris, F. Morel.

En 1566 : paraphrases en français des collectes et traduction du poème « Violae martiae descriptio », dans Claude d’Espence,  Collectarum ecclesiasticarum liber unus, Paris, veufve G. Morel.

En 1568 :  Les Divines Poesies de Marc Antoine Flaminius etc., Paris, N. Chesneau.

Entre 1568 et 1588 :  Sonets spirituels […]  sur les dimanches et principales solennitez de l’année, Paris, C. Morel, 1605 — Éd. Gary Ferguson, Genève, Droz, 1997.

Bibliographie

BERRIOT-SALVADORE Evelyne, « Une nonain latinisante : Anne de Marquets », dans Pascale Blum et Anne Mantero (dir.), Poésie et Bible de la Renaissance à l’âge classique, 1550-1680. Paris, H. Champion, 1999, p.183-197.

FERGUSON Gary, « Le Chapelet et la plume, ou, quand la religieuse se fait écrivain: le cas du prieuré de Poissy (1562-1621) », dans Nouvelle Revue du Seizième Siècle, 19, 2001, p.83-99.

FERGUSON Gary, « The Feminisation of Devotion: Gabrielle de Coignard, Anne de Marquets, and François de Sales », dans Philip Ford et Gillian Jondorf (dir.),Women’s Writing in the French Renaissance: Proceedings of the Fifth Cambridge French Renaissance Colloquium, 7-9 July 1997. Cambridge, Cambridge French Colloquia, 1999, p.187-206.

SEILER Soeur Mary Hilarine, Anne de Marquest, poétesse religieuse du XVIe siècle, Washington, D.C., Catholic Univ. of America Press, 1931, réimp. New York, AMS Press, 1969.

VLOBERG Maurice, « Une poétesse dominicaine du XVIe siècle : Anne de Marquest », dans Revue des Jeunes, avril 1923

  1. DIEUDONNE Bernadette, "Anne de Marquest (1533-1588) et le Colloque de Poissy (1561)", dans CHRONOS, revue du Cercle d'études historiques et archéologiques de Poissy, n°19, Hiver 1988-1989, p. 13 à 17 ; SECHE Alphonse, Les Muses françaises, 1908, p. 86 ; SIEFAR, notice "Anne de Marquets", rédigée par Gary Ferguson, 2003, sur www.siefar.org [consultée le 15 mai 2025]

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