Révolution de 1789 à TRAPPES

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Points de repères :


Deux chiffres de recensement :


-         Population en 1793 : 561 habitants C’est le plus gros bourg du plateau de Trappes

       Populations voisines, Montigny-le-Bretonneux, 265 h, Elancourt 300, Bois-d’Arcy 286.

-         Population en 2021 : 33.717 habitants, sur une superficie sensiblement similaire.


Depuis longtemps, contrairement aux autres communes des environs possédant des hameaux, Trappes regroupe presque tous ses habitants autour de l’église et de chaque côté de la route appelée Grande rue (aujourd’hui rue Jean Jaurès, entre le Grenier à Sel et un peu au-delà de la rue de Port Royal) au lieudit « le Village » ; le domaine de la Boissière n’est alors peuplé que de quelques unités.


A noter également que plusieurs propriétés ont une grande superficie et que la propriété est concentrée entre les mains de peu de gens, avec, parfois des propriétaires non exploitants, vivant ailleurs. En 1770, le rôle des tailles montre que 7 propriétaires de ferme se partagent 1122 arpents, parmi lesquels nous avons la seigneurie et la fabrique d’Eglise, et 5 petits fermiers se partagent 189 arpents.  Cet aspect des choses aura son importance lors de la vente des biens nationaux et sur la ville qu’elle deviendra au 20ème siècle.


Avant Louis XIV, les terres agricoles du château de Trappes étaient sous la dépendance de l’Abbaye de Saint-Denis. Elles sont données, en 1686, à la Maison Royale de Saint-Louis qui accueille le pensionnat de jeunes filles de Saint-Cyr, sur l’initiative de Mme de Maintenon, souvent dénommée « Dames de Saint-Cyr ». Celles-ci sont donc les « seigneurs » des lieux. Elles ont notamment pour fermier Dailly et pour receveur Chardin.


La fabrique d’église, quant à elle, possède des terres et des maisons. Elle est gérée par un marguillier longtemps considéré comme un personnage central de la vie de la paroisse, jouant par certains côtés, un rôle de maire. En général c’est un laïc, comme à Trappes.


En 1780, un recensement fait savoir que l’on cultive du méteil, de l’avoine, des fourrages. On compte aussi 1.126 arbres à cidre dont il est exigé qu’il soit de bonne qualité. La forêt domaniale est plus vaste qu’aujourd’hui.  


INTRODUCTION

Il s’agit ici d’une restitution des faits qui se sont déroulés à Trappes juste avant la révolution de 1789 et pendant la période révolutionnaire, retrouvés dans les écrits des historiens locaux (Hennet, Tulippe, Belot) ainsi que sur les sites internet des archives nationales, Gallica, Persée, des archives départementales et Retronews.


Il semble intéressant de faire ressortir le contexte des rapports sociaux sachant que notre commune, comme celles qui ont entouré Versailles lors de la construction du château, a subi un impact considérable par cette installation. Elle est donc dans une situation particulière par rapport à l’ensemble des paroisses de France qui avaient pour seigneurs le reste de la noblesse.


Versailles est né de la chasse. Quand Louis XIV transforme le pavillon de chasse de son père, à partir de 1683, il constitue une réserve de 8.600 hectares destinée à favoriser la reproduction du gibier, autour de l’immense parc du château ; il en achète les terres ; il fait construire autour de cette réserve, sur un périmètre de 43 km, un mur de 3 mètres de haut, percé de 23 portes (pour comparer, le boulevard périphérique parisien mesure 35 km). Trappes compte deux de ces portes et un lieu appelé « fausse porte ». Auprès de celles-ci, des pavillons de chasse et des installations annexes sont construits. Le pavillon Mansard de la Porte de Trappes (situé sur la route nationale près de l’actuelle rue Jacques Boubas) est réaménagé et agrandi en 1788. On sait que Louis XVI qui aime beaucoup ce loisir, chasse à Trappes le 4 juillet 1789 (Pour les plaisirs du roi : les métamorphoses de la porte de Trappes - persee.fr, page 82).


Le mur coupe alors une portion de Trappes au quart nord-est, englobant les terres entourant l’étang, remonte au second pavillon de Puits à Loup ou Pissaloup (pointe extrême nord de la commune)


Outre ce domaine privatisé, le privilège de la chasse s’étend sur tout le territoire des communes boisées tout autour de Paris et dont la liste fut dressée par un édit royal d’Henri IV. Les Bois de Trappes y figurent.


De plus, il faut alimenter les pièces d’eau du parc du château. Pour cela, des réservoirs d’eau (étangs de Hollande, Saint-Hubert…) sont aménagés dans la forêt de Rambouillet et leurs eaux acheminées par le système de gravitation, par des rigoles en pente douce qui traversent la campagne jusqu’à Trappes, Bois-d’Arcy, Saclay, où d’autres réservoirs furent créés pour conserver les eaux et satisfaire les besoins royaux en jets d’eau. Les rigoles sont parfois de longs aqueducs aériens ou souterrains comme celui dit de la Boissière qui longe tout le lieudit de la Plaine de Neauphle entre Elancourt et l’étang et nécessitent l’embauche de très nombreux ouvriers terrassiers et maçons qui, par la force des choses, sont installés près des chantiers. Des gardes suisses sont embauchés, à Trappes, pour creuser les rigoles ouvertes. Ce sont à la fois prouesse technologique et grands chantiers au milieu des champs. Pendant les travaux, on crée à Trappes une caserne de la maréchaussée pour surveiller les ouvriers (et sûrement les faire travailler) ; celle-ci ferme, les travaux terminés.


En 1702 la Poste royale aux chevaux est établie à Trappes, d’abord à l’auberge de la Fleur de Lys (détruite à la fin du 19ème siècle), elle est transférée en 1713 à la Chasse Royale, édifice appelé aujourd’hui l‘Etoile d’Or.  En 1734, c’est la Poste aux Lettres qui s’installe dans le prolongement. Ces deux activités font jouer à Trappes un rôle central par rapport aux communes du plateau. Outre l’implantation des Postes, il existe 2 autres auberges, deux cabarets dans le village. En 1770 la ville compte 22 artisans et commerces, qui emploient du personnel.


De plus, le domaine royal est source d’activités liées à la chasse, la gestion ou la garde des biens.


Enfin, sachant que le domaine royal, à l’intérieur des murs, est interdit au jeu et à la prostitution, il se dit que le bourg de Trappes est désormais un des plus proches de Versailles pour venir s’adonner à la débauche.


LA PERIODE REVOLUTIONNAIRE


Le 8 août 1788, Louis XVI convoque les Etats Généraux. En janvier 1789, leur règlement et établi. En février, les convocations sont envoyées invitant notamment les paroisses à rédiger leurs cahiers de doléances et demandant aux baillages et sénéchaussées (sortes de de circonscriptions juridictionnelles et administratives) d’élire leurs députés aux états généraux.


A Trappes, la première assemblée communale a lieu le dimanche 31 août 1788, après la messe. Elle comprend :

-         Gaspard Dailly, fermier, président de l’assemblée

-         L’abbé Jean-Baptiste Desrues, fils du maître de la Poste aux chevaux

-         François Chardin, receveur de la terre et seigneurie des Dames de Saint-Cyr

-         Louis Henri Gibory, aubergiste

-         François Blancan, inspecteur des chasses, bois et gardes des Dames de Saint-Cyr

-         Charles Piot, marchand boucher


Ils se réunissent, officiellement, 26 dimanches jusqu’au 5 avril 1789 et afficheront 26 fois, à la porte de l’église : « Et n’ayant rien à délibérer, nous nous sommes retirés après avoir signé. »


Mais le 12 avril 1789, la municipalité et les taillables sont réunis pour rédiger le cahier de doléances, en présence du bailli et du greffier. Il est temps, les états commencent en mai. Et il en ressort un document dense et exigeant ; reproduisons ici les principales doléances de Trappes :

-         Amélioration du sort des curés

-         Que les couvents et abbayes emploient leurs rentes au secours et au travail des pauvres et à l’instruction

-         Suppression des privilèges de la noblesse

-         Attribution des places et emplois publics au mérite

-         Diminution des frais de justice, création de justice cantonale

-         Que les lois soient décidées par la Nation et abroger les lois qui n’ont pas été légalement décidées, donner une existence libre et pérenne aux assemblées nationales, créer une nouvelle constitution

-         Droit de propriété garanti

-         Assurer la liberté individuelle

-         Rétablir équitablement les impôts entre tous les Français sans distinction d’ordre ni de classe, avec des comptes contrôlés par la Nation, et rendus publics

-         Etablir un plan d’éducation nationale

-         Doit de récolter quand les agriculteurs le jugent utile

-         Améliorer le sort des journaliers


Le cahier est signé par

-         Louis Dailly, propriétaire de fief de Montmort, qui fut garde des plaisirs du Roi, père de Gaspard Dailly

-         Pierre-Jean Petit, laboureur

-         Louis Bitrou, aubergiste

-         Louis Allair, sous-brigadier dans la capitainerie des chasses

-         Jean Blancan, maître maçon

-         Louis-Jérôme Advielle aubergiste et voiturier

-         Jacques Massoulié, maître perruquier

-         Louis Picault, charron

-         Louis François Conray, maitre d’école

-         Noël Jacques Bonetbeau, cordonnier

-         Michel Barbé, marchand de bois

-         Jean-Baptiste Bénard, maître en chirurgie

-         Jean Honoré Huant, voiturier et bedeau


Parmi eux, aucun membre de la première assemblée communale citée plus haut. Que peut-on en déduire ? une reprise en mains par des gens plus motivés ? cela en a l’air. En tout cas, on ne trouve pas dans cette liste de journalier (nom donné à la main d’œuvre) ni de domestique, alors qu’ils constituent la plus grande partie de la population ; n’étant pas taillables, ils ne sont sans doute pas convoqués !


Mais, toutes ces personnes, tout comme les journaliers et domestiques, sont membres du Tiers-Etat - on ne relève ni membre du clergé, ni membre de la noblesse-. Au sein du Tiers-Etat, de grandes différences sociales existent déjà puisque la bourgeoisie aisée à très riche en fait partie intégrante. On constate que les signataires font partie d’une élite sociale partie prenante de la vie économique de la commune (Dailly est d’ailleurs franc-maçon). Bref, la partie du Tiers-Etat qui aspire à jouer un rôle moteur dans l’administration du pays et ne plus être traitée comme des sujets obéissant aveuglément.


Après les événements parisiens du 14 juillet, une milice bourgeoise est mise en place pour éviter les pillages des récoltes avec Dailly père comme commandant général. Mais elle n’a pas vraiment fonctionné.


Très vite le nouveau pouvoir modifie les institutions et créent les départements et les communes. Trappes cesse de faire partie du district de Paris Hors-les-murs et fait partie du département de Seine-et-Oise, district de Montfort, canton de Neauphle-le-Château. Le droit de vote sera instauré… mais censitaire et il faut être inscrit à la Garde Nationale, avoir 25 ans, et ne pas être une femme. En 1791, cela produira 73 électeurs.


Lors du départ du roi et de sa famille dans la nuit du 5 au 6 octobre, des gardes royaux qui s’enfuient sur les routes, sont repoussés à Trappes et y subissent des tirs.


La première municipalité de Trappes est mise en place le 7 février 1790 à 16 heures, chez le curé Desrues. Jacques Huant, cultivateur, est élu maire, au second tour, avec 21 voix pour 38 votants. La municipalité, appelée « corps municipal », est constituée d’un fermier, d’un charron, du maître de la poste aux chevaux, d’un aubergiste, et d’un marchand boucher-charcutier. Et le conseil municipal, appelé « conseil général » l’assiste avec un voiturier, un bourrelier, un maitre charpentier, un maçon, un autre aubergiste, un laboureur, le fermier des Dames de St-Cyr, un tailleur, un maréchal-ferrant, un autre charron et le marchand de bois.


Lors de la fuite du roi, la Garde Nationale est appelée à s’élargir, à rassembler des armes et à veiller au maintien de la Constitution. Le maître des Postes est nommé Commandant de la garde locale ; des crédits sont votés par le « conseil général » de la commune. Gibory et Blancan se chargent de cette tâche et récoltent de l’argent, de la poudre et trouvent 12 fusils.


Le 14 juillet 1791, Trappes organise une grande messe pour célébrer la Fédération.  On y prête serment de fidélité à la Nation et à la loi.


La Révolution est menacée, et les bruits de guerre se répandent. La patrie est déclarée en danger le 11 septembre 1792. Trois jeunes Trappistes s’engagent dans les bataillons « Garde Nationale volontaires » ; le fils du boulanger, Charles Largemain, le fils du tailleur, René Leclerc, le charretier Jean Blaisot.


Dans le même temps, les caisses de l’Etat étant vides, les biens nationaux sont mis en vente. C’est alors que les grandes propriétés sont achetées par des fermiers devenus riches en gérant de grands domaines qui, malgré les redevances et impôts auxquels ils étaient tenus, parvenaient à dégager du profit. Les biens de la fabrique d’église sont achetés par Dailly qui accroit ainsi son patrimoine, et ceux de la seigneurie par Thomas Pluchet, fermier à Bois-d’Arcy et à Saint-Cyr ; il achète deux fermes, celle du château et la ferme Vaugien . La propriété n’a fait que changer de mains. Des biens de la réserve royale seront vendus en 1793 à un Parisien, il sera créé une ferme.


Thomas Pluchet meurt prématurément en 1795, noyé dans l’étang gelé en ayant tenté de le traverser à cheval. Son fils Vincent-Charlemagne se trouvait alors dans l’armée de Sambre et Meuse, sous-lieutenant, combattant en Belgique ; il en revient et s’installe à Trappes recevant l’aide de sa famille Dailly, sa mère étant une fille de Louis.


Nous avons la structure naissante de Trappes au 19ème siècle avec ses grandes fermes ; cela se passera ainsi sur tout le plateau car les Dames de St-Cyr étaient les seigneurs de nombreuses autres fermes dans la région Ile de France ; s’il y en a beaucoup sur les plateaux entourant Versailles, leur patrimoine est immense bien au-delà des Yvelines. Presque tout le plateau va ainsi passer entre les mains de ces nouveaux agriculteurs qui vont révolutionner les modes de culture, devenir agronomes, créer des fermes modèles, inventer des techniques et des outils, innover, rationnaliser la gestion, créer des industries agro-alimentaires, embaucher des personnels spécialisés (bouviers, bergers, charretiers, distillateurs…), débarrassés des contraintes liées au bon plaisir du Roi, notamment la chasse qui détruisait les cultures ou en interdisait certaines.  


Chute de la Monarchie

Revenons à la période révolutionnaire et à la chute du roi. La Convention succède à l’Assemblée Législative le 21 septembre 1792 et la République est proclamée. A Trappes, on suit le mouvement. Le curé Desrues prête le serment de fidélité et le 9 décembre, le conseil municipal est renouvelé. Honoré Huant (père du précédent) est élu maire.


Outre la mort du roi, cette période est marquée par la guerre. La petite commune ne semble pas être marquée par la « Terreur ». On fait des collectes pour équiper les volontaires qui sont appelés en plus grand nombre. L’âge minimum sera même abaissé à 16 ans. Lorsque la patrie fut déclarée en danger en 1792, le district de Montfort qui comptait 35.632 habitants, avait fourni 465 volontaires dont 4 de Trappes. Vincent-Charlemagne Pluchet, engagé volontaire national à Bois-D’arcy ; avait d’abord rejoint l’Armée du Haut-Rhin avant ses autres campagnes.


Une levée de 300.000 hommes est décrétée par la Convention le 23 février 1793. Le 29 septembre 1793, le Trappiste Urbain Fresnay est tué à Colmar. Une douzaine de volontaires sont comptabilisés à Trappes. Ils furent habillés aux frais de la commune. Il y en aura encore d’autres en octobre, dont le fils de l’instituteur. On va les retrouver aux frontières et en Vendée.


Sur place, l’Eglise devient le Temple de la Raison, et puis, très vite, celui de l’Etre suprême, toujours avec l’abbé Desrues. Le 14 juin 1794, il y a même une grande procession pour honorer l’Etre Suprême, planter un arbre de la Liberté et on renouvelle une fête de la Fédération le 14 juillet.


Et Robespierre chute à son tour. Dans un premier temps, le culte catholique est rétabli à Trappes à la demande de la population – toujours avec le même curé – mais sans une grande partie des objets du culte qui ont été vendus avec les biens nationaux.


Le Directoire s’installe. Nous en savons peu de choses dans notre commune.


Notons cependant un épisode de notre histoire qui nous parle particulièrement. Gracchus Babeuf, initiateur de la Conjuration des Egaux prônant l’application de la Constitution de l’An 1, voulant aboutir à la collectivisation des terres et des moyens de production, est arrêté le 10 mai 1796. Emprisonné à Paris, le peuple tente de le faire libérer. Le Directoire décide alors que les conjurés ne seront pas jugés dans la capitale, mais à Vendôme, sans doute plus calme. Le convoi transportant les conjurés passe à Trappes et s’y arrête pour manger. Les prisonniers, au nombre de 17 dont 5 femmes, sont enfermés dans des cachots ambulants, « ornés de barreaux de fer, clôturés de guichets épais, de verrous »  Bulletin de la Société archéologique, scientifique et littéraire du Vendômois | 1955 | Gallica (bnf.fr). Ils prennent leur repas de midi dans une auberge de Trappes.


Un agent du convoi voulut offrir un spectacle à la population en ouvrant une fenêtre pour présenter à sa manière les principaux accusés ; ceux-ci entonnèrent le « chant des martyrs de Prairial » ; le peuple applaudit avec enthousiasme et on entendit des commentaires favorables à leur cause. Nul doute que les Trappistes présents en gardent mémoire toute leur vie.


Le coup d’Etat du 18 brumaire met fin à la Révolution.

Les bourgeois feront bon ménage avec Napoléon qui veillera sur leurs conquêtes malgré les réquisitions d’hommes, de matériel et de chevaux et le bon accueil trappiste qui sera fait à la Restauration. Les ventes de biens nationaux vont se poursuivre. Les Bois de Trappes seront vendus à leur tour à des non Trappistes ; il s’ensuivra la création d’une nouvelle ferme avec un château et un haras, « la Défonce », hors du « Village », (au sud de la zone actuelle d’activités Trappes-Elancourt), des défrichages importants. La suite sera racontée plus tard


Editeur(s) de cette page : Nicolas (WikiValley), Parent.colette

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