Utilisateur:Samuel Bouré
MARCEL SEMBAT « De l’enthousiasme, Voilà ce qu’il faut » Marcel Sembat, «l’oiseau rare» Marcel Sembat naît le 19 octobre 1862 à Bonnières-sur-Seine (Seine et Oise) au sein d’une famille de la moyenne bourgeoisie. Il n’a qu’une sœur aînée, Marie-Louise Sembat (1855-1913). Son père Louis-Adolphe Sembat (1826-1874) est le directeur-receveur des Postes à Bonnières, il est également conseiller municipal et commandant des sapeurs-pompiers. Sa mère Marie-Joséphine Boucher (1832-1905) est la fille du greffier de la justice de paix de la commune. Marcel Sembat fait d’excellentes études successivement à Bonnières, à Mantes-la-Jolie puis à Paris au collège Stanislas de 1875 à 1880. Un de ses professeurs dira de lui : « C’est le révolutionnaire le plus élégant que nous ayons formé ». Il passe son doctorat en droit à l’université de Paris en soutenant en 1884 une thèse intitulée « De la rescision pour lésion dans la vente en droit romain et en droit français ».
Avocat et journaliste
Il choisit la profession d’avocat et s’inscrit au barreau de Paris vers 1885. Il exerce très peu et principalement dans des affaires politiques, défendant des journalistes, des syndicalistes et des antimilitaristes (comme Michel Zévaco en 1891) mais suffisamment pour se faire remarquer et apprécier comme un brillant orateur. Comme nombre de ses confrères avocats de la IIIème République, il se dirige vers le journalisme et la politique, tout en continuant à suivre des cours et des séminaires (psychologie, chimie…) au Collège de France ou à l’Ecole Pratique des hautes études.
En 1891, Marcel Sembat fonde avec quelques amis étudiants l’éphémère Revue de l’Evolution dans laquelle Marcel Sembat publie des articles sur les aspects scientifiques et sociologiques de la doctrine évolutionniste puisée dans le creuset de la pensée du sociologue anglais Herbert Spencer. Dans le même temps, Marcel Sembat est chroniqueur judiciaire à La Petite République Française. Il rachète ce journal en 1892 et en assure la direction du 7 janvier au 19 juillet 1893, laissant la place à Alexandre Millerand. Dès lors, il collabore régulièrement à La Revue socialiste, La Revue de l’enseignement primaire et L’Humanité mais également à des revues parfois éphémères, aujourd’hui oubliées comme Le Petit sou, le Paris-Journal, La Lanterne, L’Avenir, Le Courrier européen ou encore Les Annales de la jeunesse laïque. Ces périodiques, avec leurs tirages parfois modestes, ont participé aux débats d’idées et permis à des jeunes auteurs de publier leur premier texte. Marcel Sembat est un orateur redoutable et redouté, disait Maurice Barrès, cette phrase pourrait également s’appliquer au journaliste. Il s’investit avec passion dans la presse, signe des articles vifs agrémentés d’humour. Dans ses tribunes, il interpelle le lecteur, le questionne, n’utilise pas la langue de bois, ne sombre pas dans les clichés de certains éditoriaux politiques. Jean Longuet décrit le journaliste Marcel Sembat dans une tribune du Populaire le 7 septembre 1922 : « C’était surtout et avant tout un journaliste, un brillant journaliste, le plus séduisant, le plus grand journaliste qu’ait jamais connu la presse socialiste française. A certaines périodes qui l’inspiraient, lorsqu’il était en pleine forme, ses articles étincelants, alertes autant qu’éloquents, étaient le régal, non seulement des militants, mais de tout le monde politique et de tous les lettrés parisiens. » La presse a servi Marcel Sembat pour diffuser ses idées mais elle lui a aussi causé les pires tourments notamment pendant son passage au ministère des Travaux Publics. A partir de novembre 1916, les journaux déclenchent une véritable campagne contre Marcel Sembat. Il est le seul ministre dont le nom est ouvertement cité. La campagne est menée par des journaux de la droite conservatrice comme La Libre Parole, L’Intransigeant ou La Liberté. Georges Clemenceau consacre des éditoriaux dans L’Homme Enchaîné où il dénonce l’incapacité du ministre. Le ton de ces articles est ironique puis dérive dans une violence acerbe. Les principaux griefs sont la crise des transports, le prix et la pénurie de charbon. Le journalisme a procuré à Marcel Sembat de nombreuses satisfactions et de nombreux regrets. Il note le 15 octobre 1911 quand se terminent les quelques semaines à la direction de L’Humanité, suite au voyage de Jaurès en Amérique latine : « Je suis enchanté de ma direction éphémère. Cela me prend du temps mais cela me force. La preuve est faite, pour moi et pour les autres, que je suis en état, non pas d’avoir de l’esprit une fois par semaine, mais de diriger un journal, de lui donner une ligne d’actualité politique, de poser un problème devant l’opinion, d’écrire chaque soir soit un filet soit un article vivant, quelquefois excellent, toujours remarqué. » De 1918 à 1919, il assure la direction politique du journal L’Heure dans lequel il publie chaque jour un article. Dans tous les hommages à Marcel Sembat, ses qualités de journaliste, d’homme de presse sont toujours mises en exergue. Preuve que Jean Longuet avait raison : « C’était avant tout un journaliste »
