Hôpital de Meulan-Les Mureaux

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Histoire de l'hôpital de Meulan dont les archives anciennes sont conservées aux Archives départementales des Yvelines sous la cote 11 H-dépôt.

Histoire de l'établissement

L'hôtel-Dieu Saint-Antoine

L'histoire médiévale de l'hôtel-Dieu est largement fragmentaire, parfois légendaire, et mériterait une sérieuse mise au point historiographique et un solide état des sources. Cette chronique historique se propose de rappeler de manière synthétique quelques jalons tirés des écrits d'Émile Réaux et de Madeleine Arnold-Tétard (MAT) mais qu'il conviendrait de préciser, d'infirmer ou de confirmer.

En 703, selon une charte citée par François de Blois, existe à Meulan, près du donjon de l’ouest dit tour Saint-Landry (MAT) ou dans la maison du curé de Saint-Hilaire (Réaux), une salle de soins, sans doute donnés aux blessés et malades de l’entourage du comte Witram, premier comte de Meulan, administrateur par bénéfice militaire de la bonne cité de Mellenti. Ce n'est que sous Robert de France (905 à 923) qu'on parle de cet établissement dans une charte de Charles le Simple en 923 (citée dans la Chronique de Saint-Niçaise).

Après l’an mil et les ravages des invasions normandes, les malades et les maladies se multiplient et un hôtel-Dieu voit le jour ; l'hôtel-Dieu se situerait à cette période en ville, dans l’hôtellerie des gardes située au bas des remparts du château féodal, et dont les dépendances serviront plus tard de jardin aux religieuses Annonciades. En 1142, le comte Galleran accorde certaines ressources à l'hospice, prises sur le moulin de la ville de Meulan, sur le pressoir d'Aubergenville et au marché de Meulan (Réaux, p. 196). En 1223, l'hôtellerie serait transférée dans l’enceinte du Fort de Meulan sur les bords de Seine, dans un bâtiment de l’arsenal « du petit pont jusqu’au retour de la rue Saint-Jacques », en face de l’emplacement actuel de l’hôpital intercommunal de Meulan-Les Mureaux (MAT).

Ravagé et brûlé pendant la guerre de Cent ans, notamment durant le massacre de 1419, il est transféré en centre-ville (dans la grande rue), réparé et agrandi, en même temps que s'engage la reconstruction de l'église Notre-Dame (Réaux, p. 315). En 1481, l’Hôtel-Dieu a pris entre temps le nom de Saint-Antoine et il se serait installé dans un bâtiment dépendant de l’ordre de Saint-François dont les religieux franciscains prendront soin des malades (MAT). Ce n'est qu'au XVIe siècle qu'il revient à son emplacement d'origine sur l'île du Fort (Réaux).

Parallèlement au développement de l'hospice, l'installation des premières sœurs Annonciades est datée de 1638 quand Charlotte Dupuis (dite de Jésus Maria) obtient d'Anne d'Autriche, en gage de reconnaissance pour la naissance de Louis XIV, le développement d'un monastère à Meulan. En 1641, une donation d'un jardin par Pierre Gars, conseiller du roi et procureur au bailliage de Meulan, agrandit la propriété des sœurs. La cérémonie officielle d'installation des religieuses a lieu en 1642 (Réaux, p. 419-422).

L'édit de Louis XIV en 1693 réunit aux hôpitaux des villes les léproseries et maladreries construites hors de leurs murs : cet édit permet la réunion à l'hôtel-Dieu de Meulan de la petite maladrerie d'Avernes et de la maladrerie de Comtesse aux Mureaux. Ces rattachements augmentent les revenus de l'hôtel-Dieu, notamment grâce aux droits de la ferme de Comtesse sur la foire de Mureaux, et permettent à l'établissement de s'accroître et de se structurer (Réaux, p. 444).

En 1697, l’Hôtel-Dieu Saint-Antoine existe toujours mais il est devenu inhabitable : la maison dans laquelle il est installé tombe en ruine. Il intègre donc une nouvelle fois le Fort de Meulan. A l’ancienne bâtisse des gardes, on adjoint deux autres bâtiments acquis à cet effet, les murs de l’ancien bâtiment ayant été fragilisés durant les guerres de religion (MAT).

En 1724, sont envoyées à Meulan Sœur Françoise Landé, supérieure, et sœur Louise Meunier des Filles de Saint-Paul de la ville de Chartres : elles restent pendant trente ans au service de l’hôtel-Dieu.

L’ensemble bâtimentaire est finalement abattu en 1783 pour être reconstruit : le bâtiment était alors tel qu’il se présente encore aujourd’hui sous le nom de « Centre de moyen et long séjour Brigitte Gros » (MAT). Il est laïcisé en 1892 et connaît une existence normale d’hôpital civil jusqu’aux grands travaux impulsés par Brigitte Gros, qui ont doté la ville d’un hôpital moderne et performant et du Centre de long et moyen séjour installé à l’emplacement de l’ancien hospice.

La léproserie de Meulan

L’établissement connu dans les textes comme la maladrerie de Meulan ou hospice Comtesse était installé aux Mureaux, à l’emplacement de la ferme Comtesse. Cette maladrerie, située à l’écart de la ville, fut fondée par Agnès de Montfort, femme du comte Galéran II au XIIe siècle. Elle était surtout destinée à accueillir les lépreux. Cet établissement était confié aux chevaliers de Sant-Jean de Jérusalem et, suivant le vœu de la Comtesse, il était destiné aux gens de guerre mais aussi à tous les pauvres lépreux des terres et comté de Meulan. Elle dota généreusement l’établissement de soixante arpents de terre sis au lieu-dit la Couture, d’un moulin et de deux arpents de prés y attenant, d’un arpent de vigne et de plusieurs cens et censives. De plus, les revenus de la grande foire des Mureaux qui avait lieu à la fête de saints Simon et Jude, du 28 au 31 octobre, étaient destinés aux lépreux et les bénéfices venaient augmenter les ressources de l’établissement. La maladrerie fut réunie à l’Hôtel-Dieu de Meulan par un édit de Louis XIV, en décembre 1696.

La structuration de l'hôpital contemporain

Le projet d’établissement de 1999-2004 prévoyait :

- Site Henri IV : prise en charge pluridisciplinaire des pathologies cancéreuses, dispositif d’urgences, prise en charge ambulatoire pour la chirurgie et la médecine, prise en charge de la douleur.

- Site de Bécheville : reprise architecturale complète du site avec la reconstruction d’un bâtiment de 70 lits de psychiatrie, d’un service de 9 lits pour adolescents et d’un complexe de 170 lits de soins de suite.

- Les maisons de retraite :

Berson : fondée en 1892 à la suite de la laïcisation de l’hôpital de Meulan. Les religieuses le quittèrent pour s’installer dans une maison au 20 rue de Beauvais, chez monsieur Eugène Berson, propriétaire décédé. La maison de retraite sera inaugurée par le curé de Meulan le 1er octobre 1892, les sœurs de Saint-Paul de Chartres s’y occupant de malades et pensionnaires âgés. La maison ferme ses portes en 2007.

Chatelain-Guillet : par legs testamentaire daté de 1910, François-Félix Chatelain léga à la ville de Meulan et à l’hôpital civil de Saint-Antoine le soin de faire construire dans le jardin qu’il possédait rue des Annonciades un pavillon devant servir de maison de retraite pour les vieillards des deux sexes. Ce pavillon devait être édifié selon plan et modèle joints au testament. Le testament spécifiait, en outre, que la salle de repos des vieillards devait être garnie de meubles, tableaux, billards, table de jeux, le tout pris dans le mobilier de monsieur Chatelain. Les portraits de madame Guillet (sa mère) et de monsieur Guillet (son fils), ainsi que le propre portrait de monsieur Chatelain (par Lequesne) devait être placés dans la salle principale pour y perpétuer leur souvenir. Il fallait être âgé de 60 ans révolus et sans ressource pour être admis. Les décisions étaient prises par le conseil municipal au grand complet et par les membres d’honneur du bureau de bienfaisance de la ville. Il était enfin précisé que l’ordinaire des personnes hospitalisées dans cette maison serait amélioré les 9 janvier, 19 avril et 5 juillet de chaque année en mémoire des dates de naissance des donateurs. Cette maison Chatelain-Guillet existe toujours, reconstruite et modernisée dans les années 1960.

Sainte-Avoye : par délibération du conseil municipal du 1er août 1945, la commune se substitua à l’hôpital pour acquérir la propriété Sainte Avoye afin d’y accueillir dans un lieu plus spacieux les pensionnaires de l’ancien hospice de la rue de la Chaine. Cette maison fut achetée à une dame Chapon, dernière propriétaire d’un lieu dont la résidente la plus célèbre avait été Sophie de Condorcet. Entouré d’un superbe parc mais devenu trop vétuste, le domaine de Sainte-Avoye a fermé ses portes en 1999. Le parc demeure un lieu de promenade agréable où l’on découvre la chapelle Sainte-Avoye, qui remonte au Xe siècle, trop dangereuse pour être ouverte au public, et des restes des remparts du château avec la tour Serena élevée en 1590 pour résister aux Ligueurs.

- (autre) Le centre Gilbert Raby : établissement spécialisé en addictologie de niveau 2 depuis 1954, installé dans les bâtiments de l’ancien château de Thun.

Références

Sources archivistiques

Archives départementales des Yvelines

Epoque révolutionnaire

Série Q, Domaine, enregistrement, hypothèque > 1Q-7Q, Domaines et séquestres révolutionnaires > 3Q 1-116, Séquestre révolutionnaire des biens ecclésiastiques > 3Q 1-102, Fabriques et établissements religieux > 3Q 51, Pénitents de Meulan (1790-1792), Bénédictins de Meulan (1790-1811), Hospice (an VII).

Période contemporaine

2627W, Dommages de la Seconde Guerre mondiale : dossiers d'indemnisation des dommages industriels et dossiers d'indemnisation des dommages occasionnés au secteur public (1918-1967) > 2627W 852, Hôpital hospice de Meulan : dossier de dommages de guerre n°YA 2494/SP d'un bien (bâtiment de l'hôpital) situé à Meulan, 2627W 853, Hopital hospice Chatelain-Guillet : dossier de dommages de guerre n°YA 748/SP d'un bien iImmeuble d'habitation) situé à Meulan, 2627W 854, Hospice civil de Meulan : dossier de dommages de guerre n°YA 747/SP d'un bien (bâtiment ) situé à Meulan.

Histoire religieuse

Religieuses Annonciades de Meulan : état des sources sur le site des AD78.

Prieuré bénédictin Saint-Nicaise de Meulan (24H) : fonds et état des sources sur le site des AD78.

Archives municipales de Meulan

Sources iconographiques

Archives municipales de Meulan

Archives départementales des Yvelines

Chronique de Saint-Nicaise (24H) : plans de l'Ile du Fort.

Vue de Meulan par Claude Chastillon (1560-1616) : la ville et le fort de Meulan au XVIe siècle.

Gravure d'après un dessin d'Israël Silvestre : la ville de Meulan et le prieuré Saint-Nicaise en 1650.

Environs de Meulan : carte d'étude réalisée par Gabriel Marie Gaillot, élève de l'école de Saint-Cyr (25 novembre 1869).

Bibliothèques nationales de France

Plan manuscrit sur parchemin : Meulan en 1632.

Vue de Meulan par Claude Chastillon (1560-1616) : la ville et le fort de Meulan au XVIe siècle.

Plan des rives de la Seine : Planche 27 - Meulan, Hardricourt, les Mureaux en 1738.

Bibliographie

Histoire de Meulan

Arnold-Tétard, Madeleine, Histoire de la vie religieuse à Meulan, Juziers, Éd. MAT, 2009.

Arnold-Tétard, Madeleine, L’île du Fort de Meulan: des origines à nos jours, Juziers, Éd. MAT, 2006.

Arnold-Tétard, Madeleine, Le couvent-monastère des religieuses Annonciades de Meulan, 1638-1792, Meulan, 2000.

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Lachiver, Marcel (introduction), Meulan, histoires de quartiers, quartiers d’histoire : [exposition, Mairie de Meulan, 16 mars 2007-1er avril 2007], Éd. Mairie de Meulan, Meulan-en-Yvelines, Impr. Jasson-Taboureau, 2007.

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